La liberté d’expression a-t-elle entraîné une dégradation de la CONFIANCE ?

C’est l’été! Un peu de lecture bien documentée et agréablement illustrée (avec quelques surprises!) pour faire le point sur #fakenews #deepfake #instagram #medias #facebook #presse #influence #mirage #imposture #banque #défiance #risque #mensonge #fyre #vestiville #connerie #journaliste #securite #application.

Dossier/Long read réalisé par Serge DIELENS (E-reputation manager), aidé par Belen UCROS (Content manager @ Edge Communication) * +/- 20 minutes de lecture, +/- 35 min si vous explorez tous les liens (ah oui quand même) * Ayez #confiance ! Une partie de ce dossier a été publiée (avec plus de liens et de vidéos/photos sur LinkedIn (Pulse) ici

S’il est bien une valeur qui se dégrade un peu partout dans le monde, c’est celle-là: la CONFIANCE, cette espérance ferme/assurance envers une personne ou une chose. Qu’il s’agisse de soi, d’une relation en famille, avec un collègue ou une administration. Dans les affaires comme dans la vie, cette confiance (trust) est cruciale.

Et vous, en qui avez-vous encore CONFIANCE?

Journaux, magazines, TV et radio; les résultats des dernières études en date sont sans appel : la confiance accordée aux médias traditionnels est en chute libre depuis cinq ans. Pas si troublant quand on sait quelle place ont pris les fake news dans le débat public, combien de thèses universitaires, tribunes, scandales, papiers et interventions médiatisées ont été consacrés au sujet. Dans un climat globalement suspicieux donc, l’heure est à la méfiance presque paranoïaque, mais aussi et surtout à l’oeil critique et aux attentes intransigeantes.

A l’heure

Tout le monde mentirait. Personne n’est digne de confiance. Vraiment?

Comme l’écrit Thomas Schauder, professeur de philosophie en classe de terminale à Troyes (Aube), l’heure est à la remise en cause de tous les filtres placés entre l’individu et l’information.

” Tout discours du « sachant » est immédiatement soumis à la critique… de l’ignorant ! La démocratisation du savoir apparaît plutôt comme une indifférenciation : tout se vaut, tout le monde est capable de tout, à bas celui qui ose me dire que je dois progresser ! Toute critique, toute remise en question est vécue comme castratrice, tout-un-chacun est potentiellement une victime. Il n’est pas étonnant que ce contexte soit favorable au complotisme…”

En plus de l’énumération non exhaustive des secteurs de défiance listés ci-dessus, on peut observer que les réseaux sociaux sont infestés de médisants… Après les articles fake news, on assiste depuis deux ans à l’émergence de vidéos truquées hyper réalistes, dans lesquelles des personnalités tiennent des propos jamais prononcés. Ces montages nommés deepfakes se propagent à tel point sur la Toile que certains présentent cette technologie comme le futur des fake news.

“We’re entering an era in which our enemies can make anyone say anything at any point in time.”

A quelques clics de 2020, en qui avez-vous encore confiance? Les journalistes, les médias sociaux, les curés, votre compagnon/compagne, les politiques, vos applications..?

Analyse de l’état de la défiance actuelle: dossier étoffé de nombreux liens, parfois aussi surprenants qu’inédits.

La CONFIANCE dans la Presse = en chute libre

Que la confiance dans les médias d’information, télévisés et papiers, baisse est certes un triste constat…mais finalement peu surprenant (c’était prévisible). Comme le montre le rapport 2019 du Reuters Institute, intitulé Digital News Report (*), seulement 49% des sondés font confiance aux médias qu’ils consultent.

Si les lecteurs et téléspectateurs font plutôt confiance aux médias en Finlande (59 %), au Portugal (58 %) et au Danemark (57 %), la France, elle, vient d’accuser une baisse de 11 points en un an. En 2019, après la crise des gilets jaunes, indique le Reuters Institute dans son rapport annuel (*), ils ne sont plus de 24 % des interrogés à croire aux médias hexagonaux.

Autre plongeon dans une relation tumultueuse où écoute et confiance ont laissé place à déception et méfiance, autre preuve du constat de ce divorce entre les médias et leurs publics, l’étude Global Advisor – réalisée par Ipsos dans vingt-sept pays (citée plus haut dans ce dossier) – démasque et décrypte également la défiance vis-à-vis du paysage médiatiqueÀ l’origine de ce fossé entre émetteur et destinataire, deux facteurs mis en avant : la prévalence des fausses informations et la remise en question des bonnes intentions des médias.

Quant à la confiance accordée aux réseaux sociaux, elle reste inchangée quoique plutôt faible : 23 % des personnes interrogées font confiance à ce qu’elles lisent sur les réseaux sociaux, et 33 % à ce qu’elles trouvent lors d’une recherche internet. Extraits de L’Express(15 juin 2019)

Sans éducation aux médias, la perte de confiance va s’accentuer

Si une majorité de Français pensent que “les médias nous mentent“, comment ces derniers peuvent-ils se poser comme un rempart contre les fausses informations ? Pour restaurer la confiance, l’idée de désigner les bonnes ou les mauvaises infos, comme le ferait un “juge de l’info“, n’est pas une solution. Non, “il faut d’abord apprendre au public à se faire son opinion par lui-même“, explique Benoit Raphael, expert en intelligence artificielle et senior consultant pour l’industrie des médias, qui s’est penché avec quelques autres spécialistes sur la question récemment. Pour lui, il faut oser parler de ce sujet tabou. Refuser de douter d’une info, comme on le fait aujourd’hui par peur d’alimenter une théorie du complot ou une thèse raciste, ne conduit-il pas paradoxalement à renforcer les théories les plus fantaisistes ? Oui mais alors, inversement, comment parler de tout, comment douter de tout sans conforter ceux qui sèment le doute dans l’unique but de semer le chaos et la haine?

  • Douter de tout c’est aussi exercer l’esprit critique. Cela demande de la méthode et de l’encadrement.
  • Pourquoi ne pas créer des “salles de shoot” pour les théories du complot ou les thèses extrêmes, où l’on pourrait tirer le fil du doute jusqu’au bout ?
  • Identifier une fausse image en ligne est plus difficile que vous ne le pensez. Dès lors, comment distinguer une image trafiquée ou non? Faites le petit test proposé par Mona Kasra, professeure adjointe en design des médias numériques à l’Université de Virginie.
  • Comment garantir l’indépendance et la liberté de la Presse? Faut-il retirer l’injure et la diffamation de la loi de 1881 sur la liberté de la presse. Les constats entraînent bien des propositions de solutions. Exemples en France.

Liberté d’expression = tolérance totale?

“Dans les textes qui la définissent, la liberté d’expression est accordée aux citoyens comme un moyen d’exprimer leur opinion. C’est en ce sens que va l’article 11 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen. Celui-ci lie en effet la liberté d’expression à la liberté d’opinion. De même que la liberté d’expression doit être garantie parce que…

…parce que le souverain peut contraindre les actes, mais pas les pensées…[Il] s’ensuivra donc nécessairement que ces hommes, chaque jour, penseront une chose et en exprimeront une autre, et par conséquent que la loyauté, tout à fait nécessaire dans une république, sera corrompue, et que la flatterie et la perfidie, choses vraiment détestables, seront encouragées. » Spinoza

C’est pour tisser un lien social fondé sur la confiance et la sécurité que Spinoza encourage la liberté d’expression. Mais la liberté d’expression n’existe pas pour elle-même, indépendamment de la pensée qu’elle exprime. Il s’agit de trouver un équilibre entre « l’intériorité » du sujet et son insertion dans le corps social. C’est pourquoi, 50 ans après mai 68, la liberté d’expression est nécessairement limitée, ne fût-ce que pour garantir une vie sociale la plus apaisée possible.

Imaginons quelqu’un qui n’a rien à dire… mais voudrait le dire quand même. Un ignorant en quête d’audience! Quelqu’un qui n’a aucune idée de ce dont il parle, qui ne connaît pas du tout le sujet qu’il évoque, ne sait donc pas si ce qu’il va dire est vrai ou faux, ou qui s’en fiche éperdument. Même si les réseaux sociaux lui ouvrent grandes les portes, doit-on soutenir que cet homme a le droit de s’exprimer alors qu’il n’a aucune pensée, aucune « intériorité » à faire valoir ?

Le Mensonge ou la Connerie?

Aujourd’hui, ce qu’on exprime (le fond) semble moins important que le fait de s’exprimer. Parler pour ne rien dire. Sur des sites internet qui proposent à l’acheteur de partager son évaluation du produit acheté ou service offert, on peut lire des gens noter et commenter : « Je n’ai pas encore ouvert ma commande, mais ce produit m’a l’air très bien » (vu sur l’application Wish) ! De même pour les films : certains n’ont aucun scrupule à émettre un avis sur un film, tout en précisant qu’ils ne l’ont pas encore vu ! Etonnant, non?

Le mensonge est au centre de beaucoup de fantasmes, de croyances souvent infondées et la méconnaissance générale des mécanismes qui y sont liés peut poser de nombreux problèmes opérationnels et éthiques.

Pour détecter le mensonge, il faut maîtriser à la fois des éléments psychologiques (croyances, émotions, biais du jugement), des indices concrets (non-verbaux et verbaux), voire utiliser des outils qui permettent de le détecter (polygraphe, oculométrie, analyse du discours, méthodes d’entretien).

Sans l’assimiler obligatoirement avec le “mensonge”, on a parfois affaire à de la pure et simple “connerie“. La connerie, chacun la connaît : nous la supportons tous au quotidien. C’est un fardeau. Récemment, des psys de tous les pays, mais aussi des philosophes, sociologues, écrivains et spécia­listes du comportement humain, ont récemment essayé de la définir dans un livre drôle, instructif et…très malin 🙂 Mieux comprendre la connerie pour mieux la combattre, tel est l’objectif de l’ouvrage (multi-auteurs) “Psychologie de la Connerie“…même si nous sommes vaincus d’avance, car la connerie humaine est omniprésente.

Jean-François Marmion dans “Psychologie de la Connerie” (2018) affine: “La connerie est une promesse non tenue, promesse d’intelligence et de confiance trahie par le con, traître à l’humanité”…

C’est clair, le con souffre d’une maladie sans remède… et il refuse de se soigner, persuadé qu’il est “le seul borgne dans un pays d’aveugles. Le zombie fascine, avec son simulacre d’existence, son néant intellectuel et son exigence basique et impérieuse de rabaisser les vivants, les héros, les gentils à sa condition. Après tout le con, lui aussi, veut vous décérébrer: les ratés ne vous rateront pas. Le comble du con, c’est qu’il y en a d’intelligents, de cultivés en tous cas: il brûlerait bien des livres, et leurs auteurs avec, au nom d’un autre livre, d’une idéologie ou de ce que lui ont appris de grands maîtres (cons ou non), tant il a le chic pour transformer sa grille de lecture en barreaux en cage“!

Bref, pour éviter de se faire berner, mixez un peu de lecture, beaucoup d’observation, d’intuition, de psychologie et … de chance! Ou regardez la vie du bon côté: il y a même moyen de considérer les deep fakes de manière positive, comme ici (petit interlude amusant)!

La CONFIANCE: une obsession quotidienne pour Facebook

Au moment de fêter ses 30 ans, force est de constater que l’outil Internet a considérablement révolutionné notre rapport à l’écrit et à la parole. Il offre des possibilités (inédites dans l’histoire de l’humanité) tant pour résister à l’oppression politique que pour diffuser de la propagande, partager les connaissances autant que les fausses nouvelles, communiquer instantanément partout dans le monde, y compris pour insulter ou harceler. Il nous donne également la possibilité d’aller dormir dans la chambre d’inconnu.e.s (AirBnB), de monter dans la voiture du premier venu (Uber), d’échanger des biens avec une nouvelle monnaie, inédite jusqu’il y a quelques jours: le LIBRA, etc… (voir ici pour le mode d’emploi de la monnaie que Facebook lancera dès 2020 et ici pourquoi Libra est une source d’inquiétude pour la confidentialité des utilisateurs et pour le monde de la finance).

On le souligne peu souvent mais il est évident que ces pratiques nouvelles nécessitent un échange EN TOUTE CONFIANCE (voir l’opinion de Bruno Colmant à propos de la Confiance et du Libra (24/06/2019, de 5’27 à 16’30). Et régulièrement, une vague #DeleteFacebook envahit la Toile… pour nous inviter à quitter Facebook.

Cette révolution invite à envisager la question classique « Peut-on tout dire ? » sous un autre aspect. Sur Facebook ou sur d’autres réseaux sociaux (comme sur cet espace d’ailleurs), sur son blog, pourquoi désire-t-on dire ? Pourquoi chacun pense-t-il que son opinion mérite d’être connue des autres ? Et pourquoi en sommes-nous arrivés à penser que toutes les paroles se valent ?

Le mirage/l’imposture Instagram

Instagram ? LE réseau social de partage de photos et de vidéos dont les utilisateurs « aiment » et commentent les images des autres. Depuis 2012, la plateforme appartient à Facebook.

C’est bien connu, sur Instagram tout le monde a une vie de rêve. C’est à coup de photos de paysages somptueux, d’intérieurs idylliques et de nourritures parfaites que se joue la vie (virtuelle) là-bas. Justement toute la mise en scène (de soi, de #foodporn, etc.) et en particulier celle pour faire « la promotion » de la junk food, ne serait pas sans conséquence. Elle impacterait négativement ceux qui en sont à la fois les spectateurs et les acteurs. Eh oui, la big news, c’est que Instagram fait grossir! Décryptage & explications de cette récente étude britannique:ici!

Comment devenir influençeuse (en trichant)

Devenir influençeuse (**). C’est le défi que s’est donné Emilie Bilodeau, une journaliste québecquoise (du quotidien La Presse), en décembre 2018. Pour y arriver, elle crée un personnage, The Pretty Runner, sur Instagram. Après une semaine à partager des images professionnelles de course à pied prises par son photographe (de presse), seulement 35 internautes suivent ses péripéties.

The Pretty Runner s’est alors acheté des abonnés, a échangé des commentaires et a utilisé des robots pour obtenir des mentions « J’aime ». Malgré ces méthodes controversées pour créer de toutes pièces un personnage sur Instagram, elle a été approchée par des entreprises et par la Ville de Montréal, qui lui ont offert 3500 $ en argent et en cadeaux. Pour tout savoir sur la manière dont les like, les abonnés et les agences d’influençeurs flouent tous ceux qui les suivent, installez-vous pour 10 minutes de révélations étonnantes (et crédibles, celles-là :). C’est par ici!

« Acheter des abonnés, c’est une pratique qui nuit aux gens qui travaillent vraiment fort pour avoir de vraies interactions sur Instagram », a réagi l’influençeuse Catherine Francoeur à la suite de la publication de cette enquête de cinq mois dans La Presse.

Catherine Francoeur est présente sur les plateformes YouTube et Instagram depuis huit ans. Avant même que le mot influençeur n’existe, celle qui gagne sa vie grâce aux réseaux sociaux constate que son métier a changé au cours des dernières années.

« Sans dénigrer personne, au début, tout le monde se lançait sur YouTube et sur Instagram par passion parce que personne ne pouvait en vivre. Aujourd’hui, c’est sûr qu’il y a des gens qui trouvent attrayante l’idée de recevoir des trucs gratuits et des voyages. »

Il n’existe aucun outil fiable à 100 % pour vérifier la crédibilité d’une personne sur Instagram. Pour cette raison, les “agence d’influençeurs” travaillent souvent avec le même petit bassin d’influençeurs avec lesquels s’est développée une relation de confiance. Exactement comme le faisait n’importe quelle agence de RP et Relations Presse jusqu’il y a peu.

Si certaines marques en reviennent un peu de ces hordes d’influençeurs (et surtout de leur utilité réelle), certains organisateurs d’événements se retrouvent parfois encore plus désenchantés. Voyez à ce propos le documentaire récent de Netflix “Fyre, the greatest party that never happened.

Fyre, la société fondée par Billy McFarland, devait être une application permettant aux marques de réserver des célébrités pour leurs événements privés… Pour augmenter sa visibilité, la start-up avait créé l’idée d’un festival de musique exceptionnel sur une île de rêve aux Bahamas: c’est ainsi que le festival Fyre est né. Ce film-documentaire met en question le pouvoir et la responsabilité des influençeurs qui ont activement participé à la promotion du festival. Il dévoile en détail l’histoire du festival de musique Fyre, censé se dérouler aux Bahamas et promu par des centaines d’influençeurs mais qui n’a finalement jamais eu lieu. Des milliers de personnes avaient payé leur forfait VIP à l’avance, certaines d’entre elles ayant déboursé plusieurs centaines de milliers de dollars. Mais tout cela n’était qu’une arnaque… menant à l’arrestation de son instigateur Billy McFarland.

Et le festival FYRE a visiblement fait des petits. Exemple le plus proche: fin juin 2019, la première édition de Vestiville aurait dû avoir lieu. Nouveau festival musical belge prometteur, il se transforme en cauchemar pour les festivaliers. Fyre, Vestiville, à quand le fiasco suivant..?

Décidément, en qui peut-on avoir encore confiance? Même en voyage à l’étranger (nous n’avons pas eu vent de pareil fait en Belgique), il est probable que -comme des centaines de couples filmés à leur insu- vous ayez été filmés quoique vous soyez en train de faire dans votre chambre d’hôtel!

Mais il y a pire!

Haine, mensonge et vidéo: Instagram face aux fake news

Jusqu’ici Instagram était encore un lieu épargné par le côté obscur des réseaux sociaux. Les utilisateurs y voyaient surtout des couchers de soleil, des plats gourmands ou des selfies de leurs stars préférées. On s’abonnait à des images de vies parfaites. Il faut croire que cet espace de bisounours s’est largement fissuré pour laisser s’immiscer des contenus d’un tout autre genre : la désinformation. Une plaie qui prospérait plutôt sur Twitter, Facebook ou WhatsApp. Insta? « La meilleure des plateformes », complète même un chercheur de l’Université de Columbia, « car elle a le pouvoir de Twitter pour diffuser et dispose des infrastructures de Facebook pour la soutenir » (****).

Une longue enquête de The Atlantic, publiée fin mars, a permis d’ouvrir un dossier que les dirigeants de Facebook devaient secrètement espérer ne pas avoir à s’occuper. « Instagram est le nouveau foyer de la haine sur Internet », titre la journaliste Taylor Lorenz dans un article où elle détaille comment des contenus conspirationnistes apparaissent sur des fils de photos et de vidéos a priori inoffensifs. Campagnes anti-vaccination, théories conspirationnistes… Même le polémiste d’extrême-droite, Alex Jones (le patron d’InfoWars, dont les comptes ont été bannis de plusieurs plateformes sociales) s’est refait une virginité sur Instagram. Depuis son éviction de Facebook en août 2018, le site Mediamatter a compté qu’il y avait gagné plus de 100 000 followers grâce notamment à ses vidéos qu’il met en ligne sur la fonction IGTV d’Instagram. Une aubaine pour des gens de la trempe de Jones!

La passion de l’égalité

« Pourquoi lui/elle et pas moi ? » Et si ceux qui s’expriment à tout-va ne le faisaient pas au nom de la liberté d’expression, mais de « l’égalité d’expression » ? Tout le monde n’est-il donc pas sur le même pied ? 

Thomas Schauder (prof de philo à Troyes) décrypte l’actualité dans ses chroniques Philo d’Actu. Elles sont publiées deux fois par mois, sur Le Monde.fr/campus, et sur son site Internet, qui référence également ses autres travaux. A ses yeux, la liberté du citoyen suppose que celui-ci soit éclairé. “Cela suppose qu’il existe de l’obscurité, de l’obscurantisme, que toutes les pensées ne se valent pas et donc que toute expression n’a pas à être. Mais cela ne dégrade pas celui qui voudrait l’exprimer. Ce n’est pas infamant d’être ignorant : c’est même son ignorance que Socrate met en avant (NDLR: « je ne sais qu’une seule chose, c’est que je ne sais rien », que Jean Gabin reprendra quelques siècles plus tard en chantant/récitant “ je sais, je sais… qu’on ne sait jamais ” 🙂 parce que se reconnaître ignorant est la condition nécessaire à la quête du savoir. C’est parce que je me sais ignorant que je réfléchis (y compris à l’écrit, comme ici). Tout cela prend du temps, nécessite des efforts, et la société tend à mépriser cela. On veut du facile, de l’immédiat. On veut du prêt-à-porter, du prêt-à-manger, du prêt-à-penser, du vite-fait-mal-fait, du jetable et du pas cher. On bavarde, on s’insulte, on s’insurge, on oublie. Une telle liberté, sans substance, sans chair, sans tension réelle, est-elle encore une liberté ?”

La confiance en “le” Politique

Comme sur notre Vieux Continent qui se réveille un peu groggy après les élections de fin mai dernier, les Américains ont perdu confiance en leur démocratie, leur gouvernement, leurs banques et leurs médias.

Pour revenir une dernière fois sur Instagram, les techniques utilisées par les usines à trolls -de plus en plus présentes sur Instagram- ressemblent à celles déjà vues lors de la course à la Maison Blanche de 2016. On retrouve par exemple le partage à grande échelle de « mèmes», ces images humoristiques détournées de leur sens original qui font fureur sur les réseaux sociaux. Certains ne peuvent s’empêcher de relayer sans vérifier/imaginer les conséquences. L’humour est en effet un très bon moyen pour initier le public à certaines idées extrémistes et aux théories du complot.

L’autre manière de propager les fake news sur Instagram ne tient pas à des éléments extérieurs mais à la manière même dont le réseau social est construit ainsi qu’aux suggestions proposées aux utilisateurs. Peut-être en avez-vous déjà fait l’expérience? Dès que vous commencez à suivre un compte, vous êtes immédiatement invité à suivre une série d’autres pages. Ainsi, si vous vous abonnez à une personne identifiée comme conservatrice, vous risquez de voir immédiatement apparaître une recommandation pour des gens comme Alex Jones… Et vous voilà embarqué dans la spirale infernale des réseaux sociaux!

Que se passe-t-il lorsque nous perdons confiance dans l’ensemble du système?

Entrons-nous dans l’ère de la politique de la confiance (“Trust me”) ou de la défiance envers les politiques? Où a-t-on perdu, où a-t-on gagné? Pourquoi les réponses à ces questions suggèrent-elles souvent une “refonte de notre monde”. Dans un reportage intéressant, le journaliste Ian Bremmer (***) s’entretient avec le journaliste et cofondateur de The Intercept, Glenn Greenwald. C’est un homme qui ne fait confiance à presque personne… à l’exception d’une douzaine de chiens qui courent dans sa maison. Regardez l’épisode complet (26 min) iciNe ratez pas la fin (passage 24 min 43 à 25 min 50, avec les marionnettes, dont celle de Mark Zuckerberg qui parle de «communauté»)!

Le pouvoir de la confiance

“Tous pourris”, “déconnectés du terrain”, “pas crédibles” : c’est bien connu, la défiance envers les médias atteint des sommets. Difficile d’imaginer une recette miracle face à cette problématique complexe, accrue par les dynamiques de fake news. Pour les journalistes (et médias en général) qui se demandent quelles stratégies concrètes pour renouer la confiance entre médias et lecteurs, la défiance envers les médias n’est pas un problème insoluble à l’ère numérique. De nombreux sites d’info explorent des pistes prometteuses, à mi-chemin entre stratégie éditoriale, design et marketing. Elles impliquent toutefois de bousculer les réflexes des rédactions et de repenser le rapport aux lecteurs. Maxime Loisel, chef de projet chez Datagif, une agence de design d’information et de conseil en stratégie numérique, propose un bel assemblage/benchmark de bonnes pratiques observées chez des sites d’info du monde entier. Leur point commun : adopter une approche plus transparente et plus inclusive avec les lecteurs. Avec des résultats bien souvent prometteurs, bien que difficiles à mesurer.

Idem pour les dirigeants du nouveau millénaire, le défi réside bien dans la capacité de cultiver et d’exploiter la confiance, ce fondement négligé du capitalisme démocratique. Inspirez confiance aux autres et ils vous suivront ; trahissez leur confiance, dans l’entreprise, en famille ou dans le couple, et vous voilà au bord de la rupture.

Qu’il s’agisse de soi, d’une relation en famille, avec un collègue ou une administration. Dans les affaires comme dans la vie, cette confiance est cruciale.

Danielle Rapoport est psychosociologue, analyste des modes de vie et de la consommation. Dans une tribune intitulée“Confiance et épigenèse, pour un nouveau principe de plaisir et de responsabilité” elle nous donne sa vision de la Confiance (extraits): Deux leviers peuvent aujourd’hui stimuler et raffermir l’indispensable principe de responsabilité, dont seul l’humain est porteur, et qui lui confère sa place, ses limites et son sens : la notion de confiance, interne et en l’autre d’une part, et les récentes découvertes de l’épigénétique, qui confirment importance de nos comportements et de nos modes de vie sur l’expression de nos gènes et la transmission de leur transformation. Elle apparaît comme la pierre angulaire d’un mode relationnel « assertif », qui dans son fonctionnement donne place et reconnaissance à chacune des parties. Les individus entre eux, les entreprises vis-à-vis de leurs salariés, des parties prenantes, des consommateurs, les citoyens et leurs institutions. En bref, la confiance est constitutive de la socialité et la sociabilité des humains, et des animaux dans la régulation de leur « vivre ensemble ». Sachant que la confiance et ses antagonismes, la méfiance et la défiance, se logent dans le territoire archaïque – paléolimbique – du cerveau, commun à toutes espèces vivantes. La capacité d’une confiance interne initie des projets, un avenir personnel et professionnel face aux mutations d’un monde à multiples inconnues. C’est créer son futur à partir d’une assise dynamique dans le présent.”

La confiance est un sujet à la mode. On le met à toutes les sauces. On en parle avec une légèreté déconcertante. Pourtant, la confiance ne se donne pas, elle s’acquiert après beaucoup d’efforts. Elle se garde grâce à une vigilance de tous les instants.

Et vous, vous avez confiance en qui? Et que disent les autres de vous (sur le Net)? La réputation de votre entreprise doit être un objectif prioritaire. “Avoir une bonne réputation” est un élément-clé au moment de la décision d’achat. Lorsque le choix final se fait, il est en votre faveur de par la confiance acquise. Pour atteindre ce degré de confiance il faut, non seulement s’appuyer sur des bases solides, mais aussi, les communiquer avec honnêteté et crédibilité.

CONSEIL * Mettez tous vos efforts à construire un discours et animer une conversation pour créer des liens forts entre votre marque/entreprise et ses publics. Ceux-là même qui seront capables de vous défendre si un doute devait survenir à cause d’un incident plus ou moins important (inévitable dans la vie d’une entreprise, qu’on le veuille ou non). Une chose est sûre, on pardonne plus facilement à ceux que l’on estime.

Faites-vous conseiller/guider pour le développement et/ou l’entretien de la confiance que vous-même/votre entreprise dégagez. Et don’t forget, l’authenticité est le facteur qui change tout!

www.twitter.com/sergeDedge – www.edgecommunication.be – Bruxelles, été 2019

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(*) Reuters Institute, intitulé Digital News Report: étude, menée dans 38 pays, dont la France, par l’organisme spécialisé dans les données YouGov (entre fin janvier et début février auprès de 75 000 personnes), qui affirme que 42 % des personnes interrogées font confiance aux médias en général, contre 44 % il y a un an.
(**) Instagram, quelques rappels:
Qu’est-ce qu’un influenceur ?C’est un.e internaute actif sur les réseaux sociaux tels Instagram, Facebook et YouTube. Grâce à sa notoriété, il a le pouvoir d’influencer le comportement de consommation de son public. Il fait la promotion de certaines marques en échange d’une rétribution en argent ou en cadeaux.
167 millions: c’est le nombre d’abonnés du joueur de soccer Cristiano Ronaldo. Au Québec, les influenceurs les plus populaires comptent un peu plus de 1 million d’abonnés. The Pretty Runner, avec ses 15 000 abonnés, appartient à la catégorie des micro-influenceurs.
1 milliard: c’est le nombre d’abonnés actifs sur Instagram. Chaque jour, le réseau social affirme fermer des millions de faux comptes.
Ca rapporte combien ? Les contrats d’échange/kits médias des influençeuses se monnaient évidemment. Si l’influençeuse est suivie par 340 000 personnes, elle demandera pas moins de 3000 $ pour inclure le nom d’une marque dans une de ses publications Insta. Pour une micro-influençeuse (qui compte aux alentours des 10 000 abonnés), la marque déboursera env. 400 $ pour le même genre de partenariat.
(***) GZERO Media is a multimedia publisher providing news, insights, and commentary on the events shaping our world. Our properties include GZERO World with Ian Bremmer, our newsletter Signal, Puppet Regime, GZERO World Podcast, In 60 Seconds, and GZEROMedia.com. GZERO World with Ian Bremmer: In a world where the old rules no longer apply, GZERO explains the game. Join the thought leader in global politics, Ian Bremmer, as he simplifies the complex issues that challenge our world and speaks with international decision makers and influencers.
(****) Comment Instagram tentait de lutter contre ce phénomène de haine? Un communiqué précise: « Nous collaborons étroitement avec Facebook pour comprendre les faux contenus qu’ils voient et appliquer ce qu’ils ont appris à Instagram. Nous travaillons à la mise en place d’une infrastructure et d’une vision commune afin de pouvoir détecter plus efficacement la désinformation et prendre des mesures pour y remédier ». Instagram compte également sur son ergonomie pour limiter la propagation de contenus viraux : pas de possibilité de partager une photo ou une vidéo comme ce qui existe sur Facebook ou Twitter et d’insérer des liens cliquables sous les publications. Clairement, ces mesures ne suffisent pas.

Diagnostic E-réputation

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Une partie de ce dossier a été publiée (avec plus de liens et de vidéos/photos sur LinkedIn (Pulse) ici

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  1. Serge Dielens dit :

    Si cette lecture vous a mis en appétit, voyez notre article suivant sur https://edgecommunication.be/blog-ereputation/:
    “Pour en finir avec le marketing d’influence”.
    Le marketing d’influence (un des buzzwords de 2019) ne se cantonne pas à l’exploitation de personnalités narcissiques sur Instagram. Une approche stratégique et professionnelle des mécanismes permettant de changer les comportements (d’achat ou d’engagement) prévaut. Place aux professionnels de l’Influence.

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